Une des citations qui me paraît la plus judicieuse concernant notre sport émane semble-t-il d’un auteur inconnu. Bien qu’on la retrouve dans de nombreuses publications, sites web ou beaux livres sur le golf, je n’ai effectivement pas réussi à lui trouver de paternité.
« Le golf est une série sans fin de tragédies obscurcie par des miracles occasionnels »
On en trouve différentes versions mais le sens reste le même.
Version vécue : La semaine dernière j’avais réservé un parcours très tôt vu les fortes chaleurs actuelles au Royal Golf Course de Hua Hin Thaïlande.
C’est le jour où j’ai eu la chance de réaliser un trou en 1 conté précédemment. Mais je vous ici parle d’un autre miracle.
Lors de ma réservation la veille, la charmante hôtesse de l’accueil me précise que je devrai sans doute partager la partie avec d’autres matutinaux.
En réalité lorsque j’arrive au départ avec ma cadette Tae se trouvent là 2 parties de 4.
Tae m’explique que ce sont de très bons joueurs venus effectuer un parcours de reconnaissance pour le tournoi du PGA Thaïlande prévu le weekend et que je partirai seul après eux.
Effectivement tout en m’échauffant j’ai la chance d’apprécier leurs drives à la fois puissants et très relâchés, une bonne source d’inspiration. Les 4 premiers drivent pleine piste et dès qu’ils ont joué leur deuxième coup, le deuxième groupe enchaîne avec d’aussi bonnes mises en jeu.
Je joue prudemment suivant ma stratégie actuelle mon driving iron n°3 sur ce par 5, mon driver bien qu’en progrès est encore trop irrégulier pour un trou avec de l’eau à gauche et des arbres à droite.
J’enchaîne avec un bon coup de fer 6 et un pitching wedge sur le green, loin du drapeau avec une moins bonne conclusion en 3 putts, mais c’est un bon score pour moi.
Le temps d’arriver au départ du 2, les joueurs sont évidemment partis et j’en vois 3 qui jouent leur deuxième coup au niveau du bunker de fairway de droite, l’emplacement idéal à viser d’après Tae sur ce dogleg gauche (par 4).
Mais où est le 4eme joueur ? Je le découvrirai ensuite, il s’est égaré dans les arbres de gauche. Ça rassure de savoir que ces pros peuvent aussi de temps en temps foirer complètement un drive, à moins qu’il ait essayé de couper le dogleg.
Les 3 joueurs me font signe de passer, ce qui me liquéfie instantanément. Je déteste qu’on me laisse passer, en principe je le gère mal, d’autant qu’en l’occurrence il me faut jouer dans leur direction. Pleins de confiance, ils ne s’écartent guère, alors que depuis des années me hante l’image d’une joueuse que j’ai un jour blessée parce que j’ai joué alors qu’elle était dans mon champ de vision.
Heureusement Tae connaît les mots à employer. Elle me tend le fer 3 : « straight to the bunker, daddy, and slowly » (joue droit vers le bunker mais doucement).
Ouf ! Un exercice de respiration profonde, un coup d’essai avec une montée très lente, et c’est le début du miracle : backswing lent et relâché, release sans forcer ni trop accélérer, la balle part tendue vers le bunker qu’elle dépasse par la gauche, s’arrêtant à quelques mètres des 3 pros.
Il me faut maintenant jouer mon deuxième coup juste devant ces joueurs qui me regardent à moins de 5 mètres de moi.
Discussion avec Tae, choix du club. Le green est un peu surélevé, le drapeau à 138 mètres. Ce sera un fer 7.
Respiration, coup d’essai, je ne regarde surtout pas en direction des joueurs, coup très relâché, la balle monte très haut et semble s’arrêter près du mat.
Je me retourne, je salue rapidement les 3 thaïlandais et murmure un « khop khun krap » (merci) en réponse aux 3 « nice shot ! » simultanés.

« Ils t’ont dit joli coup ! » me glisse Tae pendant que nous filons vers le green, le 4ème joueur ayant retrouvé sa balle me fait signe de loin de finir le trou avant qu’il joue. Tae semble aussi fière que si c’était elle qui avait réussi ce coup.
Deux putts et le par avant de sortir vite du green non sans que cette chipie de Tae m’ait fait gentiment remarquer que ma balle se trouve plus près du drapeau que les 3 autres.
Le reste du parcours connaîtra comme toujours des hauts et des bas, la carte de score ne sera pas mémorable (sauf pour le trou en 1 du 5) mais j’ai eu mon moment miraculeux, celui pour quoi je reviendrai sur ce parcours ou un autre dès cette semaine.