Brève de parcours : haro sur l’arbitre
Article mis en ligne le 13 mai 2026

par Pierre

J’aime beaucoup cette expression qui littéralement signifie « s’élever avec indignation contre quelqu’un ou quelque chose, en le désignant à la réprobation générale. »

Même si les Français peinent un peu à atteindre le très haut niveau mondial en golf, en tous cas les toutes premières places, des sportifs français se distinguent dans de nombreux autres sports individuels ou collectifs.

En ce qui concerne les supporters, les Français sont classés dans les toutes premières places mondiales pour ce qui est de la mauvaise foi quand leurs idoles perdent, notamment dans les sports collectifs dans lesquels l’arbitre est souvent désigné à la vindicte populaire.

Le golf présente une particularité rare puisque à ma connaissance, il n’y a qu’un autre sport qui est auto-arbitré même au plus haut niveau : l’Ultimate Freesbee.

Pour l’Ultimate, ça va bien plus loin qu’au golf puisque ce sont toujours les joueurs qui décident en dernier recours de l’application de la règle, même si il y a des experts sur le terrain qui ont un avis consultatif.

Au golf au plus haut niveau, ce sont les arbitres qui auront le dernier mot mais chez les amateurs, il y a parfois des compétitions qui se passent sans arbitre et c’est donc bien aux joueurs de s’auto-arbitrer.

Ce qui pose donc aux golfeurs un vrai problème : comment dédouaner le joueur de ses erreurs en criant « haro sur l’arbitre » alors que joueur et arbitre ne font qu’un ?

Vous me répondrez que ce n’est pas un souci car les golfeurs sont tous honnêtes et qu’aucun d’entre eux ne s’abaisserait à « contourner » une règle.

Voire !

Sur un groupe Facebook dédié au golf, on demandait de compléter la phrase suivante « Je ne rejouerai jamais avec quelqu’un qui… »

Au milieu de diverses réponses, celle qui revient la plus souvent est « qui triche ».

Comment ? Il y aurait des tricheurs parmi les golfeurs ?

Mais que signifie tricher ?

Si l’on s’en tient aux définitions proposées par le dictionnaire, tricher peut être :

1. Enfreindre les règles d’un jeu en vue de gagner.

2. Enfreindre une règle, un usage en affectant de les respecter. Tricher à un examen.

3. Se conduire avec mauvaise foi, avec hypocrisie.

Donc toute façon de contrevenir à une des règles du jeu revient à tricher et devrait être immédiatement sanctionnée par le joueur/arbitre.

Mais voilà !

Sur ce même groupe, certains golfeurs ont cru bon de nuancer.

Je cite :

« Beaucoup mentionnent la triche. Mais en partie amicale, chacun joue comme bon lui semble. Il n’y a aucun enjeu. On est là pour se faire plaisir à soi, pas aux autres. »

« Personnellement, je déplace la balle, sans me cacher, à la vue des personnes qui jouent avec moi si je considère que la balle est trop difficile à jouer pour moi. Et énormément de joueurs font pareil. Je suis là pour me faire plaisir. »

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Ces « nuances » me laissent perplexe. J’ai toujours considéré que la règle la plus importante de notre jeu était la règle n° 9.

Pour rappel, la Règle 9 traite d’un principe fondamental du jeu : "Jouer la balle comme elle repose" et précise : Si la balle d’un joueur est au repos et qu’ensuite elle est déplacée par des forces naturelles telles que le vent ou l’eau, le joueur doit normalement jouer la balle depuis son nouvel emplacement.

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Le joueur n’a pas le droit de toucher ni de déplacer sa balle. S’il le fait, il a 1 coup de pénalité et il doit replacer la balle où elle était.

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Chacun peut avoir son opinion mais quel intérêt aurait notre jeu sans respecter cette règle élémentaire ?

Si je joue au foot et que je considère qu’il est plus facile de prendre le ballon dans mes bras pour aller le déposer dans les buts, ce jeu a-t-il encore un intérêt ?

Cette liberté que prennent de très nombreux joueurs en partie amicale mais hélas pour certains également (discrètement) en compétition de déplacer légèrement la balle pour la soustraire à un divot, une racine, un manque d’herbe… m’interroge.

Qu’on soit là pour se faire plaisir, certes, mais jouer à un jeu, que ce soit un jeu de cartes, un jeu de société ou un sport sans respecter SCRUPULEUSEMENT les règles a-t-il un sens ?

L’une des anecdotes les plus célèbres du golf est celle de Bobby Jones lors de l’US Open 1925. C’est le geste qui a définitivement forgé sa légende et l’éthique du golf moderne.

Alors qu’il s’apprête à jouer un coup dans le rough, sa balle bouge d’à peine quelques millimètres au moment où il adresse son club. Personne ne l’a vu : ni ses adversaires, ni les commissaires, ni le public.

Pourtant, Jones appelle immédiatement le responsable pour s’infliger un coup de pénalité. Le commissaire hésite et tente de l’en dissuader car personne ne peut confirmer l’infraction, mais Jones insiste.

À cause de ce point de pénalité auto-infligé, Jones finit le tournoi à égalité et doit disputer un play-off le lendemain... qu’il finit par perdre d’un seul coup. Il a littéralement perdu le titre de l’US Open par pure honnêteté.

Quand la presse a voulu faire de lui un héros pour son fair-play, il a répondu avec cette phrase devenue culte :

« Vous pourriez aussi bien louer un homme parce qu’il ne braque pas les banques. Il n’y a qu’une seule façon de jouer au golf. »

Pour lui, respecter les règles c’était respecter le golf. Respecter les règles STRICTEMENT.

C’est aussi mon point de vue.