J’ai joué avec mon copain Roger, c’est un super partenaire de golf, il est toujours partant pour jouer et surtout il est toujours partant pour marcher et ça ça me convient bien.
Roger et moi on a le même âge. Physiquement, il y a entre nous à peu près la même différence qu’entre une bouteille de Suze et une bouteille d’Orangina mais après tout il en faut pour tout le monde à l’apéro.

Il y a aussi une autre différence entre nous : même si nous sommes tous deux des joueurs assez moyens, si l’on s’en tient aux tablettes de la fédération dans la section handicap, je suis censé jouer une dizaine de coups de moins que lui.

Mais souvent lorsqu’à la fin du parcours, Roger me demande en souriant et en toute convivialité : « alors ton score ? » on s’aperçoit que nous avons à peu près le même et parfois le sien est un peu meilleur.

Il faut dire que Roger, même s’il joue vraiment pour le plaisir, toujours cool, Il fait quand même très attention à sa carte de score.
Roger est un gars assez carré. Il apprécie que les choses soient organisées. Il aime bien que sa carte de score soit assez lisse. Et pour ça il utilise plusieurs techniques de repassage que vous connaissez bien.

Dans notre partie d’il y a deux jours au trou numéro 1, un par 4, Roger est arrivé en trois sur le green comme moi. Il a fait un premier putt pas mauvais qui s’est arrêté environ entre 20 et 30 cm du trou. En s’avançant vers sa balle, Roger toujours souriant a demandé : « Ben vous me le donnez pas ? »
Nous jouions à trois avec sa compagne, une néo-golfeuse charmante qui joue très bien. Et nous avons répondu en chœur, « mais bien sûr Roger on te le donne ». « Si ça te fait plaisir » ai-je ajouté en souriant.

Roger tout content : « Bon allez, je le putte vite fait quand même ». Il a poussé sa balle, il est vrai sans trop se concentrer. « Ah bah heureusement que vous me l’aviez donné. »
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Moi sur ce trou numéro un, j’ai fait trois putts.

Il faut dire que les greens n’étaient pas faciles à Sea Pine, assez lents et donc la balle perdait très vite de la vitesse et sortait de sa ligne.

Donc au trou numéro deux, je lui laisse l’honneur puisqu’il a fait un meilleur score que moi et la partie se continue toujours dans la bonne humeur.
Au bout de quelques trous, sensiblement la même situation se répète, sa balle s’arrête entre 30 et 40 cm du trou . Cette fois-ci, je le devance : « C’est donné si tu veux Roger. »
« Ah bah d’accord je prends c’est bien pour ma carte de score. Allez, je la putte vite fait. »
Bon encore à côté c’est vraiment pas de chance.

Ayant réalisé mon œuvre caritative de la journée , je ne lui propose plus de lui donner la balle pour le trou suivant. Mais il a demandé à sa compagne qui lui a aussi gentiment donné.

Ce scénario s’est renouvelé à cinq ou six reprises au moins sur la partie. Une ou deux autres fois il a encore demandé « vous ne me le donnez pas ? » dont une fois où il était quasiment à la longueur d’un putter. Il faut reconnaître que le putter de Roger est plus court que le mien.

La plupart du temps je ne donne pas spontanément les putts et je n’accepte jamais que l’on m’en donne un. J’ai déjà expliqué dans une autre chronique à quel point je trouve ça improductif. C’est le meilleur moyen lorsqu’on arrive en compétition de faire une carte minable et de s’en étonner.

Par ailleurs sur ma carte, évidemment beaucoup plus froissée que celle de Roger , il n’est pas rare qu’il y ait des pénalités comme sur ce trou numéro neuf ou après une très bonne mise en jeu sur ce par 4 en île je mets deux balles dans l’eau, une trop longue au fond du green et la suivante bien évidemment trop courte.

Forcément, avec deux pénalités sur un par 4, on finit assez vite par mettre un 8 ou un 9 sur la carte. C’est pas joli joli mais c’est le golf n’est-ce pas ? Tiger Woods lui-même a bien signé un 10 sur le trou 12 à Augusta, un par 3.

Il est arrivé aussi sur deux trous que la mise en jeu de Roger soit complètement loupée. Quand je dis complètement loupée, ça veut pas dire seulement pas sur le fairway, ça veut dire partie en angle droit dans la mare qui se trouve à gauche du départ ou au fin fond de la forêt à droite, une grosse socket, ça arrive.
Dans ces deux cas, Roger a fait un petit signe de tête à la cadette qui avait compris et s’avançait déjà avec une autre balle. Il a donc joué une deuxième balle au départ. En partie amicale, c’est sympa après tout. C’est ce qu’on appelle un mulligan flottant.

Enfin, il a pu arriver que deux ou trois fois une balle se retrouve sur le parcours dans une position embêtante, un peu trop près d’une racine, derrière une grosse touffe d’herbe oubliée par la tondeuse ou sur un endroit où il manquait un petit peu d’herbe, la balle étant posée directement sur la terre.
Bon, on est là en partie amicale, on n’est pas là pour s’embêter, se faire mal au poignet avec un mauvais coup ou abîmer ses clubs. Donc il y a quand même pas de mal à pousser la balle de quelques centimètres pour avoir un meilleur lie n’est-ce pas ?

La partie terminée, c’est le moment de s’asseoir et de boire un coup en toute convivialité. Et c’est là que Roger dit : « ça va ma carte est pas trop mal aujourd’hui. J’ai fait 105. Vu que je n’étais pas dans un bon jour, c’est pas trop mal. Et toi ? »

Moi qui ai joué aujourd’hui avec un petit jeu totalement déficient et plusieurs fois trois putts je lui réponds : « j’ai joué 104 »
« Ah bah tu vois, on a joué pareil. »

En effet, Roger, en effet, on a joué pareil.
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Et vous, avez-vous des techniques de lissage supplémentaires qui pourrait éventuellement intéresser mon pote Roger pour sa carte de score ?

Bon vous l’avez compris, cela m’amuse plus que cela m’irrite. Ce qui m’intéresse, c’est mon score, mon niveau actuel qui n’est pas fameux.

Je vais rejouer dès cette semaine avec Roger qui est le garçon le plus adorable que je connaisse ici et un super partenaire de jeu. On jouera une excellente partie tous les deux.
Et on finira en buvant un coup et peut-être en parlant un peu de notre score.